LETTRE A LEILA






L’étincelle a été lente à venir.

Des années après ta naissance, ton enfance marocaine, tes années New Yorkaises qui t’ont fait embrasser la photo et dégouté du monde de la mode. Leila, tu sais bien de quoi je parle... Ce petit rien qui a fait que tout dans ton regard, ton œil, a pris sens. Ce déclic qui t’a fait comprendre qui tu étais et pourquoi tu faisais tout cela. Cette force qui t’a permis de savoir par où commencer, te lancer, repousser tes limites, oser encore et encore...
L’étincelle a mis du temps à venir, mais elle a tout embrasé et s’est propagé jusqu’à nous. C’était surement encore frais quand nous t’avons rencontré. On l’avait vu dans tes yeux. L’étincelle était devenue une flamme, dansant dans ton regard. Avec un rien de nostalgie sur le Maroc de ton enfance que tu avais appris à chérir.

“D’année en année les choses se sont perdues…” *
Dans les villages les plus reculés du Rif, le monde moderne, consumériste, grignotait les traditions séculaires. Tu parlais de cette série photographique “les Marocains”-
Tu sais? Avec ce portrait. Celui qui nous a fasciné dès le début. Ce visage qui nous a poussé à te téléphoner. Un porteur d’eau dans ce marché hostile au Maroc. Ce hameau où tu n’avais pas la côte, confronté aux regards, aux préjugés, aux quolibets d’une société renfermée. Tu te souviens?
C’est à cause de cette photo que tu avais enfilé cette marinière et ce jean ce matin là, que tu courais décoiffée dans la capitale pour nous rejoindre. On en avait tellement ri de cette histoire. Tu en étais tellement fière. Il n’avait pas dit un mot et dignement, sans préliminaires, sans gène, déterminé, il s’était tenu là, devant toi pour te donner son âme. Se faire modèle, pour ton objectif. Fière, oui, tu l’étais.

Et tout aussi prête à t’envoler vers d’autres âmes à dévoiler… Quelques jours plus tard, tu étais dans nos esprits au fin fond de la jungle du Congo. Nous suivions ta voie, en immortalisant un passé qui s’enfuit, saisissant ce bref instant pour lui conférer l’éternité.

Mais ça tu le sais déjà.
L’étincelle a mis du temps à venir. Le feu qu’elle a animé ne s’éteindra pas.


Merci Leila_